J'ai ramassé un mot...

Publié le par Koka

... comme une feuille morte, encore tout doré, et pourtant... un mot dont personne ne voulait, je crois même que quelqu'un avait marché dessus, c'est dire.

Je sais bien que ce n'est pas une "chaîne", mais l'opération me plait : ADOPTONS LES MOTS !! Chacun un, il y en aura pour tout le monde, ou presque (il y a 60 000 mots dans le petit Larousse, 100 000 dans le Trésor, ça fait de la marge par rapport aux pauvres 500 mots qui représentent 90% de n'importe quel texte - même Maupassant, dans toute son oeuvre, et avec toute sa culture, n'aurait utilisé que 12000 à 15000 mots différents).

Si vous voulez connaître l'origine, les motivations de ce projet, je vous invite à lire l'article "initial" de La Michelaise ICI et LA.

Si l'opération vous plait, mais que vous n'avez pas d'inspiration pour trouver un mot à adopter, pourquoi ne pas aller voir ce petit dictionnaire des mots rares et anciens de la Langue Française, ICI ? Il n'y a certes que 5000 entrées, mais c'est une base interessante malgré son incomplétude. Il est même téléchargeable gratuitement, si vous voulez en faire votre livre de chevet !

 

Adopter un mot, j'adhère !! Il faut protéger le mot précis, celui qui dit exactement ce que l'on veut et évite de nous tromper par approximation. J'ai une affection particulière pour esperluette, abysse et hydromel, je vous en avais déjà parlé par le passé je crois, mais ils ne sont pas assez "originaux" pour cette entreprise.

J'ai donc choisi de paraîner un mot plus insolite, découvert par le plus complet des hasards, comme c'est souvent le cas, et qui me reste dans la tête comme une rengaine.

 

Ce mot, en fait, est plus une expression : "vendeur d'orviétan".

 

2010-11-24_1.jpg

 

Ce qui m'a plu ? Même en cherchant dans le dictionnaire, je n'ai pas tout compris à la définition d'orviétan... Je vous la livre : "Electuaire initialement préparé par Lupi à Orvieto (Toscane) au XVIème siècle, dont l'usage a cessé au XIXème siècle."

... électuaire ? Un autre mot que j'aurais pu adopter, et qui a necessité une petite recherche lexicographique : "Médicament d'usage interne à consistance de pâte molle, constitué d'un mélange de poudres fines avec du sirop, du miel ou des résines liquides."

 

En résumé, le vendeur d’orviétan est un charlatan, littéralement un vendeur de faux antidote. Comme les vendeurs de corne de licorne  Je trouve que l'expression sonne bien, pas comme un mot désuet, dont on se rappelle la sonorité mais dont on a oublié le sens, mais bien comme un mot rare et précieux.

 

Allez, pour la petite histoire, je tvous livre aussi la recette de ce remède "miraculeux" - que je déconseille de tenter, pourtant, car comme on dit, on aurait le temps de tuer un âne à coups de figues avant que ce remède agisse :

 

Recette de l'Orviétan :

 

2010-11-24_2.jpgPrenez auge, rue, romarin, de chacun une manipule ;

       chardon béni, dictame de Crete, racine d'impératoire, angélique de Bohême, bistorte, aristoloche longue, fraxinelle, galanga, gentiane, calamus aromaticus, semences de persil, de chacun une once;

       baies de laurier & de genievre, de chacun demi-once;

       cannelle, girofle, noix de muscade, de chacun trois dragmes;

       terre sigillée préparée en vinaigre, thériaque vieille, de chacune une once ;

       poudre de vipere , quatre onces; noix seches & mondées, mie de pain de froment desséchée, de chaque huit onces ;

       miel écumé, sept livres.

 

Faites du tout un électuaire, selon l'art ;

       hachez les noix mondées,

       pilez-les avec la mie de pain defléchée,

       passez-les par le tamis renversé,

       ajoutez les poudres & autres matières,

       & enfin le miel & la thériaque, qui fera fermenter le tout.

 

L'orviéran se conserve longtemps : il est utile en une infinité d'occasions, tant aux hommes, qu'aux chevaux & aux bœufs, & à tous les corps qu'on soupçonne d'être empoisonnés.

Publié dans Au jour le jour...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

catherine 29/12/2010 21:58



Bien qu'ayant  apprécié le billet de Michelaise et y ayant répondu, j'avais raté le tien , heureusement c'est chose réparée... quel joli mot  que celui d'orviétan, tout attrape-nigaud
que fut l'orviétan il était bel et bien en bonne place sur les étagères d'apothicaire si j'en crois le  joli flacon sur ta photo ?! cela prouve au moins que les pharmaciens ont toujours
vendu du vent autant que de vrais médicaments... moi , j'ai adopté "barguigner"....



le Pierrot 25/11/2010 12:43



Dis donc, tu en sais des choses koka, je ne savais pas ça, moua...bisou, bon après midi...



Koka 25/11/2010 16:41



Ah... avant de savoir, je ne savais pas non plus... et le hasard fait bien les choses et a mis un dictionnaire sur ma route !!


Bisous



Josette 25/11/2010 11:06



pour rester dans le domaine des apothicaires nous avons un autre remède avec la "Thériaque" considérée comme un électuaire miracle...


Nous avons près de nous tant de charlatan qui nous soignent avec des remèdes pire que le mal sous couvert de sciences...


bonne journée



Koka 25/11/2010 16:41



La Thériaque... après un détour par le dictionnaire, je dois avouer que tu vas chercher tes références encore plus loin que moi !!


Il est honteux de constater que toutes les raisons sont bonnes à certains pour profiter des autres. Bonne journée à toi



LANGLAIS 25/11/2010 09:10



j'aime beaucoup cette démarche culturelel et ludique pour s'appropier des mots



Koka 25/11/2010 16:39



Oui, c'est original, n'est-ce pas, et ça donne envie d'y participer !



Joseph 25/11/2010 07:19



Un article très instructif !


Amitiés.



Koka 25/11/2010 16:39



Merci Joseph ! Bises